La Poste conforte sa position sur le marché des colis

La croissance ininterrompue du marché en ligne gratifie la Poste d’une nouvelle augmentation des volumes de colis. Étant donné que le commerce en ligne ne cessera de progresser, la Poste prévoit d’étendre les installations de traitement des colis. Dieter Bambauer, responsable PostLogistics et membre de la Direction du groupe, énumère es opportunités et les risques engendrés par l’essor du marché des colis.

23.01.2018
Interview: Antonio Milelli
Dieter Bambauer

Dieter Bambauer, responsable PostLogistics et membre de la Direction du groupe

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Dieter Bambauer, le commerce en ligne est en progression constante. Combien de colis la Poste a-t-elle traités et distribués en 2017?

Presque 130 millions de colis, soit 6 pour cent de plus qu’en 2016. Il s’agit d’un formidable et important résultat que nous devons à nos collaborateurs, qui ont fourni d’incroyables performances, notamment en décembre. Autre fait intéressant cette année, les chiffres révèlent une mutation des besoins de la clientèle: comme les clients souhaitent recevoir leurs colis toujours plus vite, près de 52 pour cent des colis ont pour la première fois été expédiés en tant que PostPac Priority. Ce chiffre n’atteignait pas les 20 pour cent il y a 15 ans.

Y a-t-il d’autres particularités?

Les clients sont de plus en plus mobiles. Ils veulent recevoir des marchandises et bénéficier de prestations jour et nuit, sept jours sur sept, quel que soit le lieu où ils se trouvent. La tendance est à une nette hausse des volumes par rapport à la moyenne annuelle après le week-end, tout particulièrement lorsque la météo a été maussade, et après les journées de shopping comme le «Black Friday» ou le «Cyber Monday». Par conséquent, nous devons faire preuve de flexibilité en tant que prestataire de services. Cela signifie par exemple qu’il nous faut embaucher davantage de personnel durant la période de Noël et louer des véhicules de distribution.

Le marché des colis poursuit sa croissance effrénée. La Poste dispose-t-elle encore des capacités requises pour traiter et distribuer les colis dans les délais?

Oui, les capacités sont bien là. Grâce à l’extension des trois grands centres colis, nous avons pu augmenter de 25 pour cent notre capacité de tri. Toutefois, la capacité ainsi atteinte va nous permettre de gérer la croissance du volume des colis jusqu’en 2020 environ. Mais comme nous tablons sur une forte croissance du marché des colis au-delà de 2020, nous construisons trois nouveaux centres colis régionaux à Cadenazzo (TI), Untervaz (GR) et Vétroz (VS) pour un montant de quelque 150 millions de francs.

Et après?

Nous devons toujours observer de très près les évolutions et réfléchissons d’ores et déjà à la manière de préparer au mieux le réseau colis pour le futur. Nous partons du principe que d’autres centres colis régionaux suivront dans toute la Suisse après 2020. Le moment et le lieu de leur construction dépend de différents facteurs.

Par exemple?

Le client est à la base de toute réflexion. En quoi les besoins de nos clients changent-ils? Comment évolue le nombre de colis? Quels terrains nous conviennent et sont disponibles? Autant de questions que nous devons nous poser aujourd’hui. Et que fait la concurrence? Nombre d’acteurs suisses et étrangers ont également remarqué l’essor du commerce en ligne. Le marché des colis est âprement disputé.

Auparavant, vous aviez le monopole et aujourd’hui la concurrence est acharnée: l’augmentation de la concurrence sur le marché des colis et son caractère plus rude vous préoccupent-ils?

La concurrence est multiple. Il y a d’une part les petites start-up agiles qui assurent une distribution rapide dans les zones urbaines, couvrant ainsi un besoin grandissant chez la clientèle, et d’autre part les grands logisticiens tels que Planzer, qui sont maintenant présents sur le marché des colis. Ils disposent de ressources et de moyens. Nous prenons cette concurrence au sérieux, mais ne nous laissons pas impressionner. Sur le marché des colis, nous sommes en régime de libre concurrence depuis 14 ans. La Poste détient une part de marché d’environ 80 pour cent depuis des années. Le commerce en ligne dans son ensemble ayant connu un boom fulgurant et la Poste étant parvenue à maintenir sa part de marché, cela signifie qu’elle a enregistré une croissance exponentielle par rapport à tous ses concurrents. Cela ne va pas de soi et montre que nous avons très bien travaillé. Pourtant, tandis que la concurrence peut sélectionner les activités qui l’intéressent, la Poste doit aussi assurer un mandat de service universel et est soumise à des dispositions réglementaires.

Qu’est-ce que cela signifie pour le marché des colis?

Que nous devons distribuer les colis adressés au moins cinq jours par semaine et en distribuer 95 pour cent dans les délais. En d’autres termes, les colis Priority doivent parvenir à destination le jour suivant et les colis Economy au plus tard le troisième jour ouvrable qui suit leur dépôt. Année après année, les objectifs définis par ces directives sont contrôlés par les autorités de surveillance compétentes et régulièrement remplis, voire dépassés, par la Poste. Même en comparaison internationale, ces chiffres attestent de la qualité exceptionnelle du service public postal suisse.