Chasse aux postes dans la neige

Ski de fond et recherche de postes à la fois? La pratique de la course d’orientation à ski nécessite une double casquette. Du haut de ses 18 ans, Severin Müller est apprenti à la Poste, mais aussi un jeune talent dans ce sport marginal.

Edition 1/2018
Texte: Sandra Gonseth; Photos: Yoshiko Kusano
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«Lorsque je suis perdu dans les bois, il m’arrive d’éprouver une drôle de sensation», nous confie Severin Müller. Il n’y a alors qu’une seule solution: «Je dois revenir sur mes traces pour retrouver le dernier poste.» Or, ce n’est pas si simple que cela en a l’air, surtout dans les forêts de Laponie. En effet, outre les nuages bas, le traçage est aussi un peu différent dans le Grand Nord. Il y a quelques pistes de ski principales mais surtout de nombreux couloirs secondaires non damés. En Suisse, c’est exactement le contraire.

Dans les forêts de Laponie

Jeune talent en course d’orientation à ski, cet apprenti de la Poste a réussi à intégrer le cadre junior et élite suisse. Il nous revient fraîchement d’Ylläs, station finlandaise réputée pour ses pistes de ski de fond. Le Thounois s’est rendu là-bas pour ses premiers pas en Coupe du monde. «Traverser seul la forêt à ski sur 200 kilomètres procure un sentiment particulier.» Severin Müller adore ces grands espaces et cette quiétude. Il s’installe confortablement et avale une gorgée de café. Le sportif a déjà effectué sa séance de musculation matinale. Il porte un pull norvégien avec des motifs rouges typiques. Sa qualification a représenté une avancée majeure et la concurrence n’en était que plus grande. «Cette expérience a eu une grande importance pour moi, même si je ne me suis pas placé parmi les premiers.»

Porte-carte contre la poitrine

Mais qu’est-ce que la course d’orientation à ski exactement? «Cela consiste à passer à tous les postes de contrôle dans un ordre précis le plus rapidement possible à l’aide d’une carte», explique le jeune homme. Les compétitions ont lieu sur des pistes de ski de fond spécialement préparées à cet effet. Le défi n’est pas tant de retrouver les postes, car ils se trouvent toujours sur la piste, mais de choisir l’itinéraire le plus rapide. En théorie, les compétiteurs pourraient-ils donc prendre des raccourcis? «La plupart du temps, cette stratégie n’est pas payante», comme le sait Severin Müller par expérience. D’une part parce que le terrain est inconnu et d’autre part parce que cela abîme le matériel. Pour réussir cette épreuve d’orientation, les athlètes ont besoin d’un porte-carte fixé contre leur poitrine à l’aide d’un harnais.

Kandersteg comme terrain de jeu favori

Il prend son service dans une demi-heure à la filiale Thun Bahnhof. Severin Müller est apprenti en commerce de détail en troisième année. «J’aime le contact avec les clients. Aucun jour ne ressemble au précédent.» Il a droit à environ 23 jours de congés non payés pour ses entraînements (jusqu’à dix heures par semaine) et les compétitions. En hiver, il skie de préférence sur les pistes de Kandersteg et s’entraîne sur des skis à roulettes en été. «La course d’orientation à ski est physiquement éreintante car nous skions souvent sur des pistes qui n’ont pas été damées.» En somme, il mène une vie plutôt bien remplie. Mais avec tout cela, les sorties ne lui manquent-elles pas? «Non», répond le jeune sportif en souriant. Il n’a pas tellement envie de sortir. Ses amis les plus proches sont ceux avec qui il pratique du sport.

Une famille sportive

Severin Müller a chaussé des skis de fond dès le plus jeune âge. Il s’est mis plus tard à la course d’orientation. Toutefois, cette discipline seule ne l’ayant jamais pleinement satisfait, il lui fallait combiner les deux. Par conséquent, il a tablé sur une carrière sportive relativement tard. Le jeune apprenti en est convaincu: «Dans un autre sport, j’aurais raté le coche depuis bien longtemps.» Surtout répandue dans les pays nordiques, la course d’orientation à ski demeure ailleurs un sport marginal. Pour Severin Müller, il est primordial de garder son calme dans les situations difficiles afin de réussir une course. Grâce à son flegme, il y parvient la plupart du temps. Pourtant, une grande ambition sommeille en lui. «Si notre discipline était intégrée aux Jeux olympiques, la qualification serait un enjeu important.» En attendant, il mise sur des entraînements sophistiqués: pour augmenter sa capacité de concentration, il résout quelques problèmes de mathématiques lors de sa recherche de postes.

swiss-orienteering.ch

Informations personnelles

Severin Müller (18 ans)

Apprenti en commerce de détail en troisième année, filiale Thun Bahnhof

Habite à Thoune avec sa famille (fratrie: Annina, 21 ans, Nicolas, 19 ans et Dominic, 14 ans)

Palmarès: 3e place du relais aux Championnats d’Europe des jeunes 2016, participation aux Championnats du monde juniors 2017, 2e place aux Championnats suisses (longue distance) 2017, 3e place aux Championnats suisses (courte distance) 2017, participation à la Coupe du monde en Finlande

Loisirs: sport en général, voyages en Scandinavie