«Pour apprendre un texte, rien ne vaut le repassage»

Le matin, Boris Bürki (51 ans) distribue le courrier dans le quartier de Bostuden à Thoune.
Le soir, il endosse un autre rôle sur scène.

29.01.2019
Texte: Sandra Gonseth; Photos: Annette Boutellier
  • Boris Bürki

    Cela fait plus de 30 ans que Boris Bürki se produit sur scène. Il s'y sent comme chez lui.

  • Boris Bürki

    Le postier thounois se maquille toujours lui-même avant les représentations.

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«Le pire blanc que j’ai eu? Bien sûr que je m’en souviens», raconte Boris Bürki. Il jouait alors son rôle préféré dans la pièce «Der Neurosenkavalier». Au milieu du spectacle, impossible tout à coup de se souvenir du texte: il avait tout oublié. En habitué de la scène, il a voulu improviser, mais la comédienne qui lui donnait la réplique ne l’a pas suivi. «J’ai transpiré à grosses gouttes.»

Manager aujourd’hui, paysan demain

Boris Bürki distribue le courrier pour la Poste depuis 33 ans et se produit sur scène depuis presque aussi longtemps. Dans le milieu du théâtre amateur de Thoune, il jouit d'une belle renommée. Autrefois, il devait se rendre à des castings pour obtenir des rôles. Désormais, ces derniers viennent à lui, en général. «Je suis très polyvalent car je sais jouer différents types de personnages», note-t-il. Endosser un nouveau rôle est-ce parfois une façon pour lui de fuir le quotidien? Le Thounois ne le voit pas vraiment ainsi, même s’il aime bien se glisser dans la peau d’un manager ou d’un paysan. Il s’identifie à chacun de ses rôles, ce qui ne passe pas inaperçu chez ses collègues de travail: «Voilà l’acteur en lui qui se réveille», ont-ils l’habitude de dire.

Le traumatisme des collants

Il n’est pas facile de concilier son quotidien à la Poste avec le théâtre. Ce sont deux mondes bien différents: en tant que facteur, Boris Bürki doit se lever à 5 heures du matin, tandis que ses soirées de comédien se terminent souvent tard,  par exemple autour d’un verre avec ses collègues du théâtre. Même si ses parents étaient déjà des comédiens passionnés, Boris Bürki n’aurait jamais imaginé que la fièvre du théâtre s’emparerait de lui. «En 4e année, j’ai dû enfiler les collants de mon enseignante pour jouer le rôle du Chat botté.» Une expérience qui s’est révélée quelque peu dissuasive.

Dire oui à la vie

A 20 ans, c’est pourtant grâce à la scène qu’il a rejoint le droit chemin. «Jusqu’alors, je n’avais pas fait des choix de vie très judicieux», avoue-t-il. Se lancer dans le théâtre, c’était également choisir la vie. En effet, dans ce milieu, il n’y a pas de demi-mesure: «C’est tout ou rien.» Le moment que Boris Bürki préfère pour apprendre son texte, c’est lorsqu’il fait du repassage. Il a généralement des répétitions trois fois par semaine; jusqu’à cinq fois avant une première. Le week-end est consacré aux représentations. «Oui, ma femme doit faire preuve d’une grande compréhension», concède-t-il. Heureusement, ses horaires de travail dans la gastronomie sont similaires. Boris Bürki est marié à une Russe depuis six ans. Il se rend souvent en Ossétie du Nord (Caucase du Nord), où vivent les deux enfants adultes de sa femme.

Le trac? Connais pas!

La première pour son nouveau rôle approche à grands pas. Ce que Boris Bürki préfère, ce sont les pièces sophistiquées qui traitent de sujets en profondeur. Palpitations, souffle court, jambes en coton: cela fait bien longtemps qu’il ne connaît plus le trac avant les représentations. Quelques minutes de silence lui suffisent pour entrer sous le feu des projecteurs. Après cette pièce, il fera une pause dans son activité théâtrale. «Plus j’avance en âge, plus cette pause entre deux projets m’est nécessaire. Et il n’y a rien de tel que de profiter de l’été au bord du lac de Thoune sans avoir de rôle à travailler», explique le quinquagénaire avec un regard malicieux. En effet, Boris Bürki le sait: tôt ou tard, l’appel de la scène se fera de nouveau sentir.

«Plus j’avance en âge, plus cette pause m’est nécessaire»

Nouveaz spectacle

Boris Bürki a notamment joué dans les troupes MundARTbühni Uetendorf, Kyburgbühne Thun, Theater Schönau Thun et oje-minee Theater. Il assure aussi un engagement permanent pour la compagnie Schlossspielen Thun, avec laquelle il a déjà joué le rôle principal de la pièce «Parzival» de l’auteur suisse Lukas Bärfuss il y a quatre ans. En ce moment, Boris Bürki prépare la première de «La bonne adresse», une comédie de Marc Camoletti.

Dates des représentations de la pièce sur www.oje-minee-theater.ch (en allemand).