Ange gardien en gilet jaune

Aider son prochain, tel est le credo de Gérard Heller. Depuis près de quarante ans, le facteur fait partie des samaritains de la section de Colombier (NE).

Edition 1/2014
Texte: Claudia Iraoui; Photos: Pablo Fernandez

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Deux insufflations, trente compressions, deux insufflations, trente compressions: vêtu de son gilet jaune, Gérard Heller procède à une réanimation cardio-pulmonaire avec l’adresse d’un professionnel. Heureusement, ce facteur ne fait qu’exécuter un exercice sur un mannequin dans le cadre d’un cours de BLS AED (Basic Life Support Automated external defibrillation). «En tant que samaritains, nous sommes le premier maillon de la chaîne de sauvetage. Si je n’interviens pas lorsque quelqu’un fait un arrêt cardiaque, explique Gérard à un public attentif, il est presque certain que la personne mourra. Par contre, si j’effectue un massage cardiaque, je peux garder la personne en vie jusqu’à l’arrivée de l’ambulance.» Ambulance qui peut mettre jusqu’à 15 à 20 minutes pour arriver, autant dire une éternité lorsque votre vie ne tient qu’à un fil.

Une réaction prompte, des informations précises et une bonne dose de sang-froid peuvent donc être décisives. «Dans la vraie vie, en général, on fait moins d’erreurs que pendant un exercice. Après les premières deux ou trois secondes de panique, l’esprit devient clair et le corps résiste à l’effort non négligeable du massage cardiaque».

Tout petit déjà, Gérard, né en 1959, rêvait de devenir ambulancier et de sauver des vies humaines. A l’époque, toutefois, il fallait être apte au service militaire pour travailler en tant que secouriste, ce qui a brisé son rêve. Mais il n’est pas possible d’aller contre sa nature lorsque l’on a une vocation, il faut la suivre. Ainsi, Gérard a décidé de se tourner vers le paramédical. «Officiellement, j’ai intégré les samaritains le 26 mars 1976, mais en réalité, j’en faisais déjà partie depuis deux ans», se souvient-il. Son engagement assidu en faveur du prochain n’a jamais diminué. En 1992 il est devenu moniteur de la section des samaritains de Colombier et Bevaix (NE), puis il est passé instructeur en 2003 (le 13 septembre 2003, tient-il à préciser). «J’aime m’engager pour les autres et m’occuper de mon prochain. Cela peut paraître étrange, mais c’est une manière de compenser le stress!»

300 heures de volontariat par année

Ce Neuchâtelois sympathique et modeste a fait du soin porté à autrui son credo. Chaque année, Gérard offre jusqu’à 300 heures de son temps libre pour des formations et des exercices dans sa section de samaritains. En outre, infatigable, il organise des cours de mise à niveau, des cours de premiers secours pour le permis de conduire, des cours ciblés pour les entreprises et il assure sa présence lors de concerts, fêtes et événements sportifs. Son engagement ne se limite toutefois pas au temps libre: en effet, il est aussi responsable de la sécurité dans son équipe de distribution à la Poste: «Je m’occupe entre autres de cours sur la santé, j’exhorte mes collègues à porter un casque et je vérifie que les remorques ne soient pas trop chargées...»

Travailler côte à côte avec des professionnels

Gérard a récemment pu réaliser une partie de son rêve en accompagnant, pendant deux tours de 12 heures, des équipes d’opérateurs sanitaires en ambulance à Lausanne. Une expérience extraordinaire qui lui a beaucoup appris. «J’étais chargé de tendre le matériel médical et j’ai pratiqué un massage cardiaque», raconte Gérard, fier à juste titre que ses capacités soient reconnues par des professionnels. Malgré son dévouement et son enthousiasme, Gérard est un peu préoccupé par l’avenir: «Ces dernières années, il est malheureusement devenu de plus en plus difficile de trouver des volontaires...»

www.samalittoral.ch