L’odyssée de Majed Kerdy

La Poste s’engage pour l’intégration de réfugiés dans le monde du travail. Le Syrien Majed Kerdy est l’un d’eux.

Edition 4/2017
Texte: Sandra Gonseth; Photos: Annette Boutellier
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    Majed Kerdy est l’un des six réfugiés en préapprentissage à la Poste.

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    Grâce à ses bonnes connaissances d’allemand, Majed Kerdy s’est bien intégré.

  • Réfugié syrien

    Les réfugiés sont principalement employés au chargement et au déchargement, ainsi que sur le quai.

  • Réfugié syrien

    Travail d’équipe: Majed Kerdy aime travailler avec d’autres personnes en formation.

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    Après ses premières expériences pratiques à la Poste, le jeune homme de 18 ans commencera un apprentissage de cuisinier à la rentrée d’août.

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«Mes débuts en Suisse n’ont pas été faciles», raconte Majed Kerdy, 18 ans. Il travaille sur le quai du centre colis de Härkingen et dépose les colis un à un sur le tapis roulant. Il y a beaucoup de bruit, mais ça n’a pas l’air de le déranger. Ce réfugié syrien effectue un préapprentissage au centre colis de Härkingen. «Je ne parlais pas l’allemand et je n’avais pas d’amis», explique-t-il à propos de ce départ difficile dans sa nouvelle vie.

Le club de foot comme cours de langue

Majed Kerdy a fui Alep en guerre avec sa mère, sa sœur et un neveu quand il avait 13 ans. Ils ont transité par la Turquie pour rejoindre la Suisse. Après un an passé dans un centre d’accueil à Istanbul, tout est allé très vite: grâce à une réponse positive à une procédure de regroupement familial – ses deux grands frères vivaient déjà en Suisse –, la famille s’est retrouvée en Suisse en moins de 24 heures. Un choc culturel. Il sourit encore aujourd’hui en pensant à son premier trajet en bus. «En Syrie, il n’y a pas d’arrêts, il faut tapoter l’épaule du conducteur pour descendre.» Mais il voulait s’intégrer au plus vite. Il a donc suivi les conseils de son grand frère, archéologue à Bâle: «Cherche un club sportif, tu y apprendras rapidement la langue.» Il a ainsi appris ses premiers mots d’allemand en jouant au football dans les rangs du FC Grenchen.

Que des expériences positives

Son premier grand tournant, il l’a vécu lors d’un cours d’intégration du canton de Soleure qu’il a suivi pendant deux ans: «C’est ce qui a changé ma vie, pour le meilleur.» Ses yeux s’illuminent lorsqu’il raconte comment il y a acquis le niveau linguistique B1 et trouvé de nouveaux amis. Aujourd’hui, il comprend même le suisse allemand. Selon son responsable d’apprentissage, Samuel Kropf, il est serviable, fait preuve de curiosité et le travail qu’il livre est de bonne qualité. Les apprentis sont principalement employés au chargement et au déchargement des colis, ainsi que sur le quai. «Nous n’avons eu que des expériences positives avec nos quatre réfugiés employés dans le cadre d’un préapprentissage.» Autre avantage: souvent, les requérants d’asile disposent déjà d’une expérience professionnelle. La grande sœur de Majed, Dima, travaille aussi au centre colis et commencera bientôt un apprentissage de logisticienne AFP dans le centre courrier voisin.

Battre en brèche les préjugés

Pour Majed Kerby, il n’y a pas de possibilité de poursuivre un apprentissage à la Poste. «Malheureusement, nous n’avons que très peu de places disponibles», explique Samuel Kropf. Mais Majed a déjà trouvé une bonne alternative: il va commencer un apprentissage de cuisinier dans un EMS de Soleure. «Je suis très heureux de toutes les expériences positives que j’ai faites à la Poste», ajoute-t-il à propos de son intégration dans le monde du travail. Son histoire, elle, l’accompagnera toujours. Il a donc fondé la troupe de théâtre Futstep avec quelques copains: «Nous sommes une troupe composée de réfugiés et de Suisses, et nous voulons aborder le thème de l’intégration sous un angle humoristique et battre en brèche les préjugés.» Car si un jour, il voulait se laisser pousser la barbe, on le prendrait immédiatement pour un terroriste. Quand ses collègues blonds aux yeux bleus portent la barbe, en revanche, on dit qu’ils ont du «style».

Préapprentissage

Offre transitoire permettant d’acquérir des compétences à la fois scolaires et professionnelles. Elle est destinée aux adolescents et aux jeunes adultes qui, en raison de leur situation personnelle ou scolaire, ont besoin de plus de temps avant d’entamer une formation professionnelle initiale. Les jeunes travaillent trois jours par semaine dans une entreprise et découvrent ainsi le monde du travail. Le reste de la semaine, ils suivent des cours dans une école professionnelle. La Poste a été la première à employer des réfugiés en préapprentissage: quatre au centre colis de Härkingen et deux au centre courrier de Härkingen.