«Que restera-t-il de moi quand je ne serai plus là?»

Barry Hayes est un collaborateur lambda de SPS au Royaume-Uni. Mais il veut parcourir l‘océan Indien à la rame sur 6000 kilomètres. Et collecter 200 000 livres sterling pour la recherche sur la maladie de Parkinson.

01.05.2018
Texte: Janina Gassner; Photos: Peter Frankland
  • Cette cabine sera sa demeure pendant au moins 80 jours.
  • Barry explique son projet aux passants à Guernsey.
  • L′équipage a testé le bateau pour la première fois fin mars.
  • Voici l′équipage (de la gauche): Barry Hayes, Billy Taylor, James Plumley et Robin Buttery.

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Un jour voici sept ans, Barry Hayes a décidé de changer de vie. Lui qui avait gravi le Kilimandjaro à 16 ans, lui qui courait le marathon et voulait faire l‘armée mais avait dû abandonner ses rêves à cause de l‘asthme et de l‘épilepsie s’est demandé ce jour-là: «Que restera-t-il de moi si je décédais demain? Que vais-je léguer à la postérité? Que pourra raconter mon beau-fils Jack sur moi à ses camarades de classe? En un mot, quand je ne serai plus de ce monde, que restera-t-il alors de moi?» La cause de sa remise en question: le diagnostic établi par les médecins pour son père. À l′âge de 60 ans, celui-ci était tombé si gravement malade qu′il était entré dans le coma. Les médecins avaient prévenu Barry de s′attendre au pire. Pour Barry, son père avait toujours été un héros. Un officier de la Royal Navy qui avait parcouru le monde et qui, de retour à la maison, racontait des histoires fascinantes sur le jungle du Belize, le désert irakien et les pingouins de l′Antarctique. Sur les trafiquants de drogue qu′il combattait et les guerres auxquelles il avait participé. Il était par ailleurs l′un des rares survivants du raid aérien sur «Bluff Cove» pendant la guerre des Malouines. Cet homme, son père, avait vécu tant de choses et lui avait légué tant d′histoires ayant influencé sa vie. Barry a pris conscience du fait que ses propres maladies ne devaient pas l′empêcher de vivre lui-même des aventures.

Traverser le Pacifique en 45 jours

Avec l′aide de sa fiancée Emma, il s’est mis à la recherche d′une telle odyssée. Il a fait alors la découverte du blog de Philip Cavanagh (26 ans), qui voulait former un équipage pour traverser le Pacifique à la rame. Barry et Philip se sont contactés et ont avec deux autres membres d'équipage, relevé le défi de cette première course d′aviron au monde sur l′océan Pacifique. Ils ont terminé la course à la deuxième place après 45 jours d’efforts. «Je n′avais jamais fait de l′aviron auparavant, pas même sur une rivière. Je n′étais jamais monté à bord d′un bateau», raconte Barry. Il doit cependant avoir le gène marin, car il n′a depuis cessé de faire de l′aviron.

Cap sur de nouveaux horizons

Barry planifie maintenant la prochaine aventure avec Billy Taylor (46 ans), qui faisait déjà partie de l′équipage lors de la course sur le Pacifique, et deux autres membres d′équipage. Au mois de juin, ils essayeront de traverser l′océan Indien en 80 jours. Barry précise qu′il y a entre-temps des courses bien établies sur l′Atlantique et le Pacifique. «Par contre, il n’y a eu que 42 tentatives sur l'océan Indien, dont 21 ont échoué. Mais nous avons un formidable équipage.» Outre Barry et Billy, James Plumley (28 ans, détenteur du record mondial du tour du Royaume-Uni à la rame) et Robin Buttery (46 ans) font partie de l′équipage. Grâce à Robin, l′équipe a eu d′ailleurs l′idée de lier la traversée en mer à une action de charité. On a diagnostiqué la maladie de Parkinson à Robin à l′âge d′à peine 44 ans (young onset Parkinson). Avec la traversée de l′océan Indien, l′équipage de Barry souhaite sensibiliser l′opinion publique à cette maladie et collecter 200 000 livres sterling qui seront ensuite versées à la recherche. «Par ailleurs, notre traversée est aussi une expérience médicale», souligne Barry. Robin et Billy ont exactement le même âge et mangeront pendant des semaines la même chose, feront le même sport et seront exposés aux mêmes conditions météorologiques. «Il sera intéressant pour la recherche de voir l′impact de la maladie sur Robin par rapport à Billy.»

La vie à bord

Au cours de la traversée, les quatre hommes rameront par rotation de deux heures. «Nous ramerons pendant deux heures puis aurons deux heures de repos. Durant ce laps de temps, nous devrons cuisiner, manger, mettre à jour les informations pour nos réseaux sociaux, honorer nos engagements vis-à-vis de nos sponsors et dormir. Nous ne dormirons jamais plus de 45 minutes d′affilée.» L′équipage se nourrira d′aliments secs et préparera l′eau potable à bord, à partir de l′eau de mer. En cas d′urgence, les hommes disposent d′un téléphone satellite et d′un bateau de sauvetage gonflable.

Barry ne peut plus s′imaginer une vie sans aventures. Il affirme qu′il veut encore traverser l′Atlantique s’il survit à l′océan Indien. «Mais après, je passerai aux aventures sur le sec. Et j'y emmènerai ma famille.»

Rame extrême

Barry Hayes a 37 ans et vit avec sa fiancée Emma et son beau-fils Jack au nord du Pays de Galles. Depuis 2013, il travaille comme reporting analyst chez SPS. Barry et son équipage traverseront en juin l′océan Indien à bord d’une barque de 8,8 mètres malicieusement baptisée «No Great Shakes» («pas de grands tremblements»). Ils parcourront plus de 3600 milles marins de la côte ouest de l’Australie à l′Île Maurice. Sur les 42 tentatives de traversée de l′océan Indien seules 21 ont abouti. Leur objectif déclaré est de collecter 200 000 livres sterling qu′ils offriront ensuite à la recherche consacrée aux jeunes adultes souffrant de la maladie de Parkinson. Vous trouverez toutes les informations sur le projet sur www.rowtheindianocean.com (le site n′est disponible qu′en anglais).